Prérequis :

 

Des bases de microéconomie et de macroéconomie et de mécanique des fluides facilitent la compréhension du module sans en constituer un prérequis absolu.

 

Objectifs :

 

L'option retenue pour la construction de ce module est l'articulation entre les dimensions physiques, sociétales, économiques et politiques du changement climatique. L'objectif premier est que les élèves puissent développer leur esprit critique vis-à-vis de cet enjeu majeur pour les sociétés du 21° siècle en développant, en cohérence avec la logique pédagogique de l'ensemble du Master, une capacité à intégrer les différentes dimensions des problèmes, pour être en mesure de se positionner clairement face aux débats multiples (médiatiques, politiques), et pour construire des réponses adaptées, articulant le technique, l'organisationnel et l'économique.

 

Pour ce faire, le cours vise évidemment à présenter l'état des connaissances scientifiques sur ce sujet et à permettre l'acquisition des connaissances élémentaires pour permettre aux élèves d'exercer leur esprit critique lors de la lecture d'un article. Cela sera réalisé en insistant sur la nature des incertitudes inhérentes aux phénomènes étudiés mais aussi sur la façon dont il convient de les traiter, tant dans l'analyse que dans l'action. Il s'agit à la fois de travailler la notion de controverse scientifique mais également de travailler à l'évaluation de la qualité des sources, en analysant le rôle particulier du Groupement International des Experts sur l'évolution du Climat (GIEC) dans ce contexte. Puis il s'agit de présenter comment les décisions peuvent être prises dans le cadre de l'incertitude, mais également d'analyser comment les échelles temporelles associées, peu cohérentes avec les modes de gouvernance publics et privés, peuvent être appréhendées dans l'action. A ce titre, le recours à la prospective sera clairement présenté qui pourra être mobilisé par les élèves dans d'autres modules du Master, à commencer par le projet intégrateur "Facteur 4 dans les transports en Europe". Une approche systémique et pluridisciplinaire, transmettant les éléments d'analyse et de modélisation relatifs aux différentes dimensions du problème constituera donc la logique pédagogique de ce module.

 

Programme :

 

Le cours se déroule sur treize séances de trois heures. Les interventions sur les dimensions physiques réalisées par Hervé Le Treut se déroulent en parallèle de celles sur les dimensions sociétales et économiques réalisées par Jean-Charles HOURCADE, Céline GUIVARCH et Emeric FORTIN.

 

Jean-Charles HOURCADE réalise trois séances introductives présentant dans un cadre historique et à l'échelle macro les causes sociéto-énergético-économiques des émissions de gaz à effet de serre (GES), la montée en puissance du débat autour de cette question depuis 40 ans, en parallèle avec la montée en puissance du concept de développement durable dont il propose une analyse critique. Puis il présente et analyse l'évolution des négociations internationales pour la coordination des politiques intégrées d'adaptation et d'atténuation.

 

Hervé LE TREUT réalise cinq séances permettant la compréhension des résultats présentés dans les rapports du Groupe de travail l et II du GIEC.

 

L’objectif général de ces interventions est de donner à la fois :

-     une appréciation des bases fortes et bien comprises de la science climatique, de sa capacité à décrire et modéliser les climats passés ou actuels, en identifiant des facteurs essentiels qui influent sur la dynamique du système climatique (cycle du carbone, couplage océan/atmosphère…)

-     une estimation des limites et incertitudes de cette science qui affectent ses capacités faire des prévisions détaillées à toutes les échelles d’espace et de temps.

 

En présentant comment les scénarios prospectifs sont construits, comment ils dépendent des hypothèses sur l'évolution des concentrations de GES, on réservera une place importante à la notion de « risque climatique » qui passe par l'identification, la qualification et le traitement des incertitudes. On étudiera aussi le rôle parfois ambigu que l'on fait jouer aux résultats de ces projections dans le débat politique. Lors de sa dernière séance (qui se situe à peu près au deux tiers du déroulement complet du module) Hervé LE TREUT organise un débat avec les élèves.

 

Les conséquences physique et sociétales des changements climatiques sont présentées par Jean-Charles Hourcade et Hervé Le Treut mais également lors d'une séance spécifique qui présente les principaux scénarios prospectifs d'émission pour le 21° siècle, synthétise les travaux du Groupe II du GIEC et propose un focus sur l'usage des sols et l'approvisionnement en eau.

 

Puis une évaluation économique des politiques d'atténuation et d'adaptation est proposée en trois séances par Céline GUIVARCH et Emeric FORTIN. Il s'agit à la fois de présenter comment les coûts de telles politiques peuvent être déterminés, en insistant fortement sur les différences fondamentales entre une évaluation en équilibre partiel à l'échelle d'un secteur et une évaluation macroéconomique tenant compte des impacts des outils d'incitation mobilisés. En cohérence avec le module d'économie de l'environnement du Master, le système ETS de permis d'émissions négociables européen est présenté et analysé. La modélisation technico-économique est mobilisée pour éclairer les débats sur l'après Kyoto est permettre de comprendre comment les dimensions énergétiques, urbanistiques et économiques s'intègrent pour proposer des politiques performantes, cohérentes et robustes. Là encore la question de l'articulation des différentes échelles temporelles et spatiales est au cœur de l'analyse proposée.

Enfin, une dernière séance est consacrée à l'impact des changements climatiques sur les politiques de transport et de mobilité.

 

A l'issue du module, les élèves seront capables de :

 

•     présenter brièvement l'historique des négociations internationales sur l'environnement ;

•     analyser les jeux d'acteur en présence, les dimensions économiques sous-jacentes aux négociations ;

•     analyser les principaux déterminants de l'évolution démographique, les liens entre économie et démographie et synthétiser les principaux scénarios démographiques pour le 21° siècle avec la répartition sur le globe et entre ville et campagne ;

•     énoncer les principaux scénarios d'évolution passée et les éléments prospectifs pour les systèmes climatiques ; identifier les contributions anthropiques dans ces évolutions ;

•     analyser des scénarios prospectifs à long terme ;

•     expliquer de manière simplifiée les mécanismes physiques et chimiques en œuvre dans le changement climatique ;

•     identifier et quantifier les sources d'incertitudes ;

•     mobiliser la modélisation pour comprendre les phénomènes physiques, géographiques, économiques en œuvre ;

•     définir les limites des exercices de modélisation ;

•     définir les articulations entre dimensions économiques, sociales et environnementales du changement climatique ;

•     mener une telle analyse en dynamique ;

•     séparer l'analyse des déterminants de celle de la soutenabilité de la trajectoire qu'ils dessinent ;

•     juger de la robustesse scientifique d'un article issu de publication généraliste sur le changement climatique.

 

Contrôle des connaissances - Règles de validation : Examen écrit à l'issue de la dernière séance

 

Travail d'approfondissement (1,5 ECTS) :

 

Un projet sur l'analyse de la position d'une région du monde dans les négociations post Kyoto. Il s'agit par groupe de deux ou trois élèves de choisir une région du monde ou un pays puis d'analyser pour quels sont les enjeux du changement climatique pour cette région, quelle est sa capacité à entreprendre des réductions de ses émissions (ce qui passe par l'analyse des politiques qu'elle a éventuellement déjà mises en œuvre mais aussi par de la prospective énergético-économique le concernant), d'identifier sur cette base quelle serait le bon couple adaptation / atténuation pour elle et alors de critiquer sa position actuelle dans les négociations post Kyoto. Ce travail est encadré par Emeric FORTIN.

 

A l'issu de l'approfondissement, les élèves seront capables :

 

  • de mobiliser les éléments d'analyse climatiques, physiques, énergétiques, économiques et politiques pour définir quelle devrait être la stratégie d'une région du monde en termes de politique climatique ;
  • de réaliser une démarche prospective pour analyser la robustesse de stratégies climatiques ;
  • définir les articulations entre mitigation et adaptation.